Une convocation du commissariat de Nîmes ou d’une gendarmerie du Gard vient d’arriver : vous êtes invité à vous présenter pour être entendu. Derrière cette convocation se cache souvent une audition libre, c’est-à-dire une audition en tant que suspect sans placement en garde à vue. Malgré son nom rassurant, cette procédure a des conséquences bien réelles : tout ce que vous déclarerez sera consigné dans un procès-verbal exploitable devant le Tribunal judiciaire de Nîmes.
Maître Antoine Minier, avocat en droit pénal intervenant à Nîmes, décrypte pour vous cette procédure et vous aide à préparer votre défense.
Ce qu’il faut retenir
Dans le cadre d’une enquête pénale, les officiers et agents de police judiciaire peuvent entendre un suspect de deux manières : en le plaçant en garde à vue ou en l’auditionnant librement. L’audition libre, codifiée à l’article 61-1 du Code de procédure pénale, se caractérise par l’absence de toute contrainte exercée sur la personne entendue.
Ce cadre juridique est issu de la loi du 27 mai 2014, qui a transposé la directive européenne 2012/13/UE du 22 mai 2012. L’objectif : garantir que toute personne soupçonnée soit informée de ses droits le plus tôt possible dans la procédure.
L’audition libre intervient aussi bien en enquête de flagrance qu’en enquête préliminaire ou sur commission rogatoire. Particularité notable : elle concerne toutes les infractions (contraventions comprises), alors que la garde à vue est réservée aux infractions punies d’emprisonnement.
Si le suspect a été amené sous la contrainte devant l’OPJ, l’audition libre est impossible : l’enquêteur doit alors soit le placer en garde à vue, soit le remettre en liberté (dernier alinéa de l’article 61-1 du CPP).
Le procès-verbal d’audition libre doit obligatoirement mentionner que le suspect a été informé de ses droits avant la première question. L’article 61-1 du Code de procédure pénale détaille six droits fondamentaux :
L’omission de l’un de ces droits peut vicier la procédure si elle a concrètement porté atteinte aux intérêts du suspect.
⚠️ À savoir : le principe issu de la jurisprudence européenne (CEDH, Salduz c/ Turquie, 27 novembre 2008) et repris par l’article préliminaire du CPP impose qu’aucune condamnation ne repose sur les seules déclarations d’une personne n’ayant pas eu accès à un avocat. Raison supplémentaire de ne jamais se rendre seul à une audition libre.
L’enquêteur adresse une convocation au suspect dans le délai qu’il juge nécessaire. Cette convocation prend la forme d’un courrier, d’un courriel ou d’un appel téléphonique. À Nîmes, elle émane généralement du commissariat central, situé avenue Pierre-Gamel, ou d’une brigade de gendarmerie du Gard.
La convocation devrait en principe préciser l’infraction reprochée et les droits du suspect, mais ces mentions font souvent défaut en pratique. Le mis en cause se retrouve alors convoqué sans connaître les raisons de l’audition. C’est précisément dans cette situation que l’avocat se révèle indispensable : il peut contacter l’enquêteur pour recueillir les informations nécessaires à la préparation de la défense.
⚠️ Ignorer une convocation est une mauvaise stratégie : l’enquêteur peut y répondre par une nouvelle convocation, un mandat d’amener ou un placement en garde à vue. Et si la personne est amenée de force, l’audition libre n’est plus possible.
À Nîmes et dans les communes du Gard (Alès, Uzès, Beaucaire, Bagnols-sur-Cèze), l’audition se tient au commissariat ou dans la gendarmerie territorialement compétente, voire dans les locaux d’une administration dotée de pouvoirs de police judiciaire (douanes, inspection du travail, répression des fraudes, centre pénitentiaire).
L’audition suit un déroulement structuré :
Aucune durée maximale n’encadre l’audition libre. En pratique, elle excède rarement 1 à 2 heures. L’audition ne doit cependant pas dégénérer en mesure de contrainte déguisée, faute de quoi elle serait requalifiée en garde à vue.
Lorsqu’un avocat est présent, il peut poser des questions en fin d’audition (retranscrites au PV) et formuler des observations écrites versées au dossier.
Si les deux procédures visent à entendre une personne soupçonnée, elles obéissent à des principes radicalement différents.
La garde à vue prive le suspect de sa liberté pendant 24 heures (renouvelables une fois). Elle n’est possible que pour les infractions passibles d’emprisonnement et s’accompagne de garanties renforcées : examen médical, contrôle du parquet, déclaration individuelle des droits.
L’audition libre, à l’inverse, repose sur le volontariat. La personne se rend d’elle-même au commissariat ou à la gendarmerie, conserve la possibilité de partir à tout instant et n’est soumise à aucune limite de temps. Elle couvre un champ plus large, puisqu’elle s’applique aux contraventions comme aux crimes.
Cette souplesse apparente ne doit pas masquer les enjeux : vos déclarations en audition libre ont la même valeur probatoire qu’en garde à vue.
Pour aller plus loin : le régime complet de la garde à vue à Nîmes (droits, durée, prolongation, stratégies de défense).
En 2019, le Conseil constitutionnel a jugé que l’article 61-1 du CPP ne protégeait pas suffisamment les mineurs en audition libre (décision n° 2018-762 QPC du 8 février 2019). Le Code de la justice pénale des mineurs (CJPM) a depuis comblé cette lacune avec deux garanties clés.
D’abord, les représentants légaux du mineur doivent être prévenus par tout moyen (article L. 412-1 du CJPM). Ensuite, si l’infraction est passible d’emprisonnement, l’assistance d’un avocat est impérative. En l’absence de choix par la famille, le bâtonnier en désigne un d’office sans délai (article L. 412-2 du CJPM).
Précision : à la différence de la garde à vue du mineur, l’audition libre ne fait pas l’objet d’un enregistrement audiovisuel obligatoire.
Une fois le procès-verbal transmis au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nîmes, celui-ci dispose de plusieurs options :
Chaque mot consigné au procès-verbal pourra être utilisé devant le Tribunal correctionnel de Nîmes. L’audition libre n’est jamais une formalité sans conséquence.
Ne vous fiez pas au qualificatif « libre » : l’audition libre est un acte d’enquête à part entière, dont les enjeux justifient pleinement le recours à un avocat. Celui-ci intervient à chaque étape :
Bien que ses cabinets soient situés à Carpentras et Avignon, Maître Minier intervient régulièrement devant les juridictions nîmoises. Il se déplace pour assister ses clients lors de leurs auditions libres à Nîmes et dans l’ensemble du Gard, et assure un suivi complet de la procédure devant le Tribunal judiciaire de Nîmes.
L’audition libre n’a de « libre » que le nom. Vos déclarations, consignées au procès-verbal, peuvent sceller l’issue de votre dossier. Se présenter sans préparation, c’est compromettre sa défense avant même qu’un juge ne soit saisi.
Vous êtes convoqué pour une audition libre à Nîmes ou dans le Gard ? N’attendez pas le jour de votre convocation. Contactez Maître Antoine Minier, avocat en droit pénal intervenant à Nîmes, pour préparer votre audition et défendre vos droits. Le cabinet est joignable au 07.49.34.74.47 (cabinets de Carpentras et Avignon).
Aucun texte ne prévoit de sanction directe pour absence. Cependant, ne pas répondre à une convocation peut conduire l’enquêteur à solliciter des mesures coercitives : nouvelle convocation, mandat d’amener, voire garde à vue si les conditions sont réunies.
La loi ne prévoit aucune limite. Dans les faits, l’audition dure rarement plus de 1 à 2 heures. Si elle venait à s’éterniser au point de devenir coercitive, elle pourrait être requalifiée en garde à vue. Dans tous les cas, vous pouvez partir à tout moment.
Oui, à condition que l’infraction reprochée soit un crime ou un délit puni d’emprisonnement. Vous pouvez désigner l’avocat de votre choix ou solliciter une désignation d’office par le bâtonnier. Pour les contraventions simples, le texte ne prévoit pas ce droit, mais vous pouvez toujours consulter un avocat avant l’audition.
Oui. Si des éléments nouveaux apparaissent pendant l’audition et rendent nécessaire une mesure de contrainte, l’OPJ peut décider de vous placer en garde à vue. Vos droits spécifiques à cette mesure vous seront alors notifiés et vous ne pourrez plus quitter les locaux.
L’audition libre concerne toute infraction pénale sans distinction : contraventions, délits et crimes. Les enquêteurs y recourent surtout lorsque les soupçons ne justifient pas une garde à vue. En droit routier, elle est courante pour les excès de vitesse, les délits de fuite, la récidive ou les infractions en véhicule professionnel.
Non. Vous êtes invité à relire le PV, mais la signature reste votre choix. Si les propos retranscrits ne correspondent pas à ce que vous avez déclaré, l’avocat vous conseillera de refuser de signer et en consignera les raisons.
Oui. Bien que ses cabinets soient implantés à Carpentras et Avignon, Maître Minier se déplace régulièrement à Nîmes pour assister ses clients en audition libre. Il intervient au commissariat central de Nîmes ainsi que dans les autres communes du Gard (Alès, Uzès, Beaucaire).