Blocages routiers lors de manifestations, cortèges de mariage qui paralysent la circulation… Le délit d’entrave à la circulation fait régulièrement l’actualité. Depuis la circulaire du 26 mars 2025, cette infraction peut être sanctionnée par une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 800 €, une procédure rapide qui évite le passage devant le tribunal, mais entraîne des conséquences juridiques sérieuses.
En janvier 2026, la Cour de cassation est toutefois venue poser des limites à cette répression. Dans certains cas de manifestations pacifiques, la relaxe peut désormais être prononcée au nom de la liberté d’expression.
Explications détaillées par Maître Antoine Minier, avocat en droit routier à Carpentras et Avignon.
- 1 Le délit d’entrave à la circulation : cadre juridique et sanctions
- 2 Ce que change la circulaire du 26 mars 2025
- 3 Quelles conséquences pour les personnes verbalisées ?
- 4 Évolution jurisprudentielle 2026 : le contrôle de proportionnalité
- 5 Pourquoi faire appel à un avocat ?
- 6 F.A.Q Délit d’entrave à la circulation

Ce qu’il faut retenir
- Le délit d’entrave à la circulation est puni de 2 ans d’emprisonnement et 4 500 € d’amende (article L.412-1 du Code de la route).
- Depuis la circulaire du 26 mars 2025, une amende forfaitaire délictuelle (AFD) de 800 € peut être appliquée sans passage devant le tribunal.
- Nouveauté 2026 : la Cour de cassation impose désormais un contrôle de proportionnalité. Dans certains cas de manifestations pacifiques, la relaxe peut être prononcée.
Le délit d’entrave à la circulation : cadre juridique et sanctions
Qu’est-ce que le délit d’entrave à la circulation ?
Prévu par l’article L.412-1 du Code de la route, ce délit concerne toute action visant intentionnellement à entraver ou gêner la circulation sur les voies publiques, notamment en plaçant ou en jetant des objets ou en se positionnant sur la chaussée.
Exemples concrets de délit d’entrave à la circulation :
- Des manifestants qui s’allongent sur une route pour bloquer l’accès à une zone industrielle.
- Des participants à un cortège de mariage qui stoppent volontairement les véhicules pour danser sur un rond-point.
- Un automobiliste qui arrête son véhicule en travers de la chaussée pour protester contre une contravention.
- Un groupe de militants qui dépose des palettes ou pneus sur une route pour bloquer l’accès à un site logistique.
- Une opération de « barrage filtrant » organisée sans autorisation préfectorale et provoquant un ralentissement anormal.
Sanctions encourues
- Une peine maximale de 2 ans d’emprisonnement ;
- Une amende pouvant atteindre 4 500 euros ;
- Des peines complémentaires comme la suspension du permis de conduire ou la confiscation du véhicule utilisé ;
- Le retrait de 6 points au permis de conduire.
Avant la circulaire, toute personne poursuivie pour ce délit était convoquée devant le tribunal correctionnel, avec toutes les conséquences d’une procédure judiciaire classique (audition, instruction, audience).
Ce que change la circulaire du 26 mars 2025
Une généralisation de l’amende forfaitaire délictuelle (AFD)
La loi du 24 janvier 2023, applicable depuis le 17 avril 2024, avait déjà introduit à titre expérimental la possibilité de sanctionner ce délit via une amende forfaitaire délictuelle.
Elle était cependant limitée à certains parquets (Paris, Bobigny, Montpellier…). La circulaire JUSD2508747C généralise aujourd’hui cette procédure à l’ensemble du territoire.
Une sanction rapide sans convocation devant le juge
Pour rappel, le ministère public, représenté par le procureur de la République, dispose de ce qu’on appelle l’opportunité des poursuites. Cela signifie qu’il choisit s’il engage ou non des poursuites pénales, et selon quelle procédure, à l’encontre d’un justiciable qu’il considère comme auteur supposé d’une infraction.
L’amende forfaitaire délictuelle (AFD), prévue aux articles 495-17 et suivants du Code de procédure pénale, constitue une modalité alternative aux poursuites classiques. Elle permet de sanctionner un délit par le paiement d’une amende, sans instruction préalable ni débat contradictoire devant une juridiction.
En l’espèce, le procureur peut décider de ne pas saisir le tribunal correctionnel, mais de recourir à l’AFD, ce qui permet aux forces de l’ordre de verbaliser directement, par voie électronique, un conducteur ou un manifestant, sans même que celui-ci ait été entendu. C’est uniquement à la réception de l’avis d’amende que le justiciable est informé des poursuites engagées et de la sanction prononcée à son encontre.
Les conditions d’application de l’AFD
- L’infraction doit être simple et caractérisée ;
- L’auteur ne doit pas être mineur ni en récidive ;
- Absence de circonstances aggravantes ;
Quel montant pour l’amende forfaitaire ?
- Le montant forfaitaire de l’amende pour l’infraction d’entrave à la circulation est relativement dissuasif :
- 800 euros si elle est réglée dans un délai de 45 jours ;
- 1 600 euros en cas de majoration pour paiement tardif (après les 45 jours).
Quelles conséquences pour les personnes verbalisées ?
Si la procédure d’AFD paraît relativement simple, elle n’en est pas moins lourde de conséquences :
- Elle vaut reconnaissance de culpabilité dès le paiement de l’amende;
- Elle entraîne une inscription au casier judiciaire (bulletin n° 2) ;
- Elle restreint l’accès du justiciable à un débat contradictoire ;
- Toute erreur de forme quant à la contestation entraînera le rejet de la requête et limitera d’autant plus l’accès du justiciable au juge.
Par ailleurs, le pouvoir décisionnaire laissé à l’agent verbalisateur rend possibles des erreurs d’appréciation. Une entrave involontaire ou passagère peut être sanctionnée sans que le conducteur en ait conscience.
Évolution jurisprudentielle 2026 : le contrôle de proportionnalité
La jurisprudence relative au délit d’entrave à la circulation a connu un tournant majeur en janvier 2026. Par un arrêt du 14 janvier 2026 (Cass. crim., n° 24-83.632), la chambre criminelle a confirmé la relaxe de huit militants du collectif « Dernière Rénovation » qui avaient bloqué l’autoroute A6 pendant environ 30 minutes en octobre 2022.
Les faits : Les prévenus, porteurs de gilets orange, s’étaient assis sur les trois voies de circulation, bloquant totalement le trafic en direction de la province. Ils avaient été poursuivis pour entrave à la circulation et mise en danger délibérée d’autrui.
La décision : La Cour de cassation a jugé que leur poursuite constituerait une ingérence disproportionnée dans la liberté d’expression (article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme), interprétée à la lumière de la liberté de réunion.
La méthode du contrôle de proportionnalité : Le juge doit désormais apprécier, au cas par cas, si la répression est justifiée en tenant compte de plusieurs éléments : le contexte de la manifestation, la corrélation entre l’action et la cause défendue, la gravité des faits, le comportement des manifestants, l’ampleur des perturbations, les risques causés et le comportement des autorités.
Les facteurs ayant conduit à la relaxe : L’action présentait un lien direct avec un sujet d’intérêt général (changement climatique, rénovation énergétique des bâtiments). Elle était pacifique, non-violente et d’une durée limitée. Aucun véhicule prioritaire n’avait été bloqué et l’atteinte à la liberté de circulation restait minime.
⚠️ Attention : Cette jurisprudence ne signifie pas que tout blocage routier est désormais impuni. Dans un arrêt du 8 janvier 2025 (Cass. crim., n° 23-80.226), la Cour de cassation avait confirmé la condamnation de militants ayant bloqué un train et perturbé la circulation aérienne. La différence tient à l’appréciation concrète de la proportionnalité selon les circonstances de chaque affaire.
Pourquoi faire appel à un avocat ?
En cas de verbalisation pour entrave à la circulation, un avocat peut intervenir pour :
- vérifier la régularité de la procédure ;
- identifier des erreurs ou vices de forme ;
- rédiger une contestation conforme aux délais et aux exigences de fond ;
- évaluer si votre situation peut bénéficier de la jurisprudence sur le contrôle de proportionnalité ;
- vous assister devant le tribunal correctionnel ;
- éviter une inscription de la peine au bulletin n°2 du casier judiciaire ;
- obtenir une dispense de peine ou une relaxe.
L’accompagnement d’un avocat permet de mieux comprendre ses droits, de préparer une stratégie de défense et, dans certains cas, de faire échec à la verbalisation.
Depuis l’arrêt du 14 janvier 2026, la contestation d’une AFD présente un intérêt renouvelé lorsque l’entrave s’inscrit dans le cadre d’une manifestation pacifique sur un sujet d’intérêt général. La Cour de cassation impose désormais aux juges de vérifier si la poursuite ne constitue pas une ingérence disproportionnée dans la liberté d’expression.
Si vous recevez une amende forfaitaire pour entrave à la circulation, ne restez pas seul face à cette décision. Un avocat en droit routier peut vous aider à contester efficacement la sanction et à préserver vos droits.
F.A.Q Délit d’entrave à la circulation
Pas nécessairement. Les manifestations déclarées en préfecture avec un parcours défini ne constituent généralement pas un délit d’entrave, car l’élément intentionnel fait défaut. En revanche, tout blocage spontané ou débordant du cadre autorisé peut être poursuivi. Toutefois, depuis janvier 2026, même dans ce cas, une relaxe reste possible si le juge estime que la poursuite serait disproportionnée au regard de la liberté d’expression.
Oui, dans certaines conditions. Depuis l’arrêt du 14 janvier 2026 (affaire « Dernière Rénovation »), la Cour de cassation admet que le blocage d’une voie de circulation peut être justifié par la liberté d’expression. Le juge doit vérifier si l’action était pacifique, proportionnée au but recherché, et si la poursuite ne constitue pas une ingérence disproportionnée dans les libertés fondamentales. Cette évolution renforce l’intérêt de contester une AFD avec l’aide d’un avocat en droit routier.
Oui, vous disposez de 45 jours pour contester l’amende forfaitaire délictuelle. La contestation doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception au service indiqué sur l’avis. Attention : toute contestation mal formulée peut être rejetée d’office, d’où l’importance de se faire accompagner par un avocat.
Le stationnement gênant est une simple contravention (135 €) sanctionnant un véhicule mal garé. Le délit d’entrave nécessite une intention de bloquer la circulation et peut être réprimé par de l’emprisonnement ferme (2 ans). L’élément intentionnel doit donc être matérialisé.
Oui, les cortèges de mariage qui bloquent volontairement la circulation (arrêt sur rond-point, ralentissement excessif) peuvent être verbalisés. Les klaxons intempestifs constituent une infraction distincte. Il est recommandé de prévenir la mairie ou la police municipale pour éviter toute verbalisation.
Oui, contrairement aux contraventions routières classiques, l’amende forfaitaire délictuelle entraîne une inscription au bulletin n°2 du casier judiciaire. Cette inscription peut avoir des conséquences pour certains emplois ou démarches administratives.
Oui, avec la procédure d’amende forfaitaire délictuelle, les forces de l’ordre peuvent verbaliser à distance via le système de verbalisation électronique. Vous recevrez alors l’avis d’amende à votre domicile sans avoir été auditionné.
Le délit d’entrave à la circulation entraîne automatiquement la perte de 6 points sur votre permis de conduire, même si vous payez l’amende forfaitaire. Cette sanction s’ajoute à l’amende de 800 €.
Non, les mineurs sont exclus du dispositif d’amende forfaitaire délictuelle. Ils doivent obligatoirement être convoqués devant le tribunal pour enfants, conformément aux règles de la justice des mineurs.
Payer l’amende équivaut à reconnaître votre culpabilité et met fin aux poursuites. Contester permet de demander à être jugé par un tribunal où vous pourrez présenter votre défense. Attention : une contestation rejetée peut entraîner une amende plus élevée que l’amende forfaitaire.
Bien que non obligatoire, l’avocat est vivement recommandé. La procédure de contestation est technique et tout vice de forme entraîne un rejet. L’avocat vérifiera la régularité de la procédure, identifiera les moyens de défense et rédigera une contestation conforme aux exigences légales.
L’amende passe de 800 € à 1 600 € après 45 jours. Des poursuites peuvent être engagées pour recouvrement forcé (saisie sur salaire, blocage des comptes). Le non-paiement n’efface pas la condamnation qui reste inscrite au casier judiciaire.

