Depuis fin 2024, les « radars intelligents » — parfois appelés radars IA — font régulièrement la une des médias. L’idée : des tourelles capables de détecter automatiquement le téléphone au volant, l’absence de ceinture ou le non-respect des distances de sécurité. La technologie existe, le cadre légal aussi. Pourtant, à ce jour, aucun de ces radars ne verbalise pour ces nouvelles infractions. Aucun calendrier officiel de déploiement n’a été communiqué.
Maître Antoine Minier, avocat en droit routier à Carpentras et Avignon, fait le point sur ce qui relève de la réalité, ce qui relève du projet et ce qui relève de la rumeur, afin de vous permettre d’anticiper vos droits et vos moyens de défense le jour où ces dispositifs seront opérationnels.
- 1 Radars intelligents : pourquoi en parle-t-on autant ?
- 2 Du projet de loi de finances (PLF) 2025 au démenti de décembre 2025
- 3 Quelles infractions seront détectées par les radars intelligents ?
- 4 Comment fonctionnera la détection par IA ?
- 5 Quels seront les risques pour les automobilistes ?
- 6 Vos droits face aux radars intelligents
- 7 Comment contester un PV radar IA ?
- 8 F.A.Q. Radars intelligents

Ce qu’il faut retenir
- Les radars IA (Mesta Fusion 2) sont techniquement prêts, mais juridiquement non homologués pour les fonctions de détection du téléphone, de la ceinture et des distances de sécurité.
- Aucune verbalisation automatique n’est en cours ni prévue à court terme pour ces infractions : la Sécurité routière a démenti les annonces médiatiques de décembre 2025.
- Le cadre légal existe (art. R. 130-11 du Code de la route, dernière modification par décret n° 2025-1269 du 22 décembre 2025) : seule l’homologation technique manque.
- Trois infractions sont concernées : téléphone tenu en main, non-port de la ceinture, non-respect des distances de sécurité — 135 € et 3 points chacune.
- Le cumul peut atteindre 9 points et 405 € pour un seul passage.
- La validation humaine par un agent du CACIR reste obligatoire avant toute émission de PV.
Radars intelligents : pourquoi en parle-t-on autant ?
Depuis plusieurs années, l’État prépare une modernisation en profondeur du contrôle automatisé. Plutôt que d’installer de nouveaux boîtiers, le projet consiste à mettre à jour les radars Mesta Fusion 2 — ces tourelles de 4 mètres déjà massivement implantées sur le réseau routier — en leur ajoutant une couche logicielle d’intelligence artificielle.
Sur le papier, le fonctionnement serait le suivant : l’algorithme analyserait les images en temps réel, suivrait jusqu’à 126 véhicules sur cinq voies, détecterait un comportement suspect (téléphone, ceinture, distances), puis transmettrait la preuve cryptée au CACIR (Centre automatisé de constatation des infractions routières) pour validation humaine obligatoire avant toute émission de PV.
Ce projet a suscité un emballement médiatique considérable, notamment en décembre 2025, lorsque plusieurs médias nationaux ont annoncé un déploiement imminent. La réalité est bien plus nuancée.
Du projet de loi de finances (PLF) 2025 au démenti de décembre 2025
Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir sur l’enchaînement des événements.
Fin 2024 — Le PLF 2025 lance le projet. La loi n° 2025-127 du 14 février 2025, issue du projet de loi de finances pour 2025, consacre 46,3 millions d’euros à la « modernisation du système automatisé de contrôle routier » et prévoit de faire passer le parc national de 4 000 à 4 160 appareils. Le Projet annuel de performances (PAP) annexé à ce texte évoque explicitement la possibilité que « de nouvelles infractions pourront être déployées, sur plusieurs centaines d’équipements (inter-distance, non-respect du port de ceinture, téléphone tenu en main) ». C’est ce document qui a déclenché l’emballement médiatique.
Avril 2025 — Le Sénat tempère. En réponse à une question parlementaire, le Gouvernement précise que le déploiement est « conditionné aux homologations techniques ». Autrement dit, l’inscription budgétaire ne vaut pas mise en service.
Décembre 2025 — Le démenti officiel. Face à la reprise massive de ces annonces par les médias (BFMTV, Europe 1, TF1), la Délégation à la Sécurité routière réagit catégoriquement. Elle qualifie ces annonces de déploiement d’« archifaux », comparant la situation à celle d’un voyageur qui met de l’argent de côté pour un voyage sans jamais le réserver.
Fin 2025 — La mention disparaît du PLF 2026. Le Projet annuel de performances annexé au PLF 2026 ne reprend plus la mention des nouvelles infractions IA. Il indique simplement que « les travaux se poursuivent en vue de la mise au point de technologies permettant la constatation d’infractions dont la loi autorise la reconnaissance automatique ». La priorité budgétaire 2026 du contrôle automatisé porte désormais sur le déploiement des radars urbains par les collectivités (contrôle simultané vitesse + feux rouges), non sur les fonctions IA de détection comportementale.
Bilan au 10 février 2026 : la technologie est prête, le cadre légal existe (art. R. 130-11 du Code de la route), mais aucun arrêté d’homologation n’a été publié. Aucun PV n’est émis pour téléphone, ceinture ou distances de sécurité. Le dispositif reste en phase d’essais et aucun calendrier officiel n’a été communiqué.
Quelles infractions seront détectées par les radars intelligents ?
Le jour où l’homologation sera publiée, les radars IA pourront constater trois infractions supplémentaires :
| Infraction | Comment la caméra l’identifie | Amende | Points |
|---|---|---|---|
| Téléphone tenu en main | Reconnaissance d’objets + position de la main près de l’oreille / du volant | 135 € | 3 |
| Non-port de la ceinture | Analyse des pixels contrastés sur le torse et des ancrages de siège | 135 € | 3 |
| Distances de sécurité insuffisantes | Calcul de l’intervalle spatio-temporel entre deux plaques sur une même voie | 135 € | 3 |
Les sanctions se cumuleront : un conducteur pourra perdre jusqu’à 9 points et payer 405 € pour un seul passage devant la tourelle.
Rappel important : ces trois infractions sont déjà sanctionnées aujourd’hui, mais uniquement lors de contrôles humains (interception par les forces de l’ordre). Les radars IA n’ajouteront pas de nouvelles interdictions ; ils automatiseront la constatation d’infractions existantes.
Comment fonctionnera la détection par IA ?
D’après les informations rendues publiques par le fabricant et le ministère de l’Intérieur, le système reposera sur les éléments suivants :
- Capteurs haute technologie : la tourelle Mesta Fusion 2 dispose d’un capteur optique 36 Mpx et d’une antenne radar Doppler multi-cible avec faisceau 3D pour mesurer les distances et suivre les trajectoires.
- Analyse temps réel : les algorithmes d’intelligence artificielle analysent les images en continu et comparent les comportements détectés à des modèles prédéfinis (téléphone, ceinture, distances de sécurité).
- Filtrage automatique : seuls les clichés dépassant un seuil de confiance prédéterminé sont transmis au CACIR ; les autres sont automatiquement supprimés.
- Contrôle humain : un agent assermenté confirme l’infraction avant d’émettre le PV. Cette étape maintient aujourd’hui la responsabilité de l’État en cas d’erreur.
Le ministère de l’Intérieur insiste sur le fait que l’IA « n’aura pas le dernier mot » ; la captation dans l’habitacle soulève cependant des questions RGPD importantes (visages de passagers, enfants mineurs, données biométriques). Ces dispositifs sont soumis au règlement européen sur l’IA entré en vigueur en août 2024, qui encadre spécifiquement les systèmes d’IA utilisés à des fins répressives. La CNIL, déjà compétente pour contrôler les radars automatiques depuis 2003, veillera au respect du cadre juridique existant en matière de protection des données personnelles.
Quels seront les risques pour les automobilistes ?
Lorsque ces radars seront opérationnels, ils changeront profondément la donne. Là où un radar classique ne sanctionne qu’un excès de vitesse, les modèles IA pourront identifier plusieurs comportements dans la même séquence : un conducteur pourra recevoir trois PV distincts pour un seul passage devant la tourelle.
Les conséquences en cascade
Prenons l’exemple d’un conducteur « lambda » avec 9 points sur son permis. S’il cumule téléphone + absence de ceinture + distance insuffisante, il perdra instantanément 9 points et se retrouvera en situation d’invalidation.
Pour le jeune conducteur, les conséquences seront particulièrement lourdes : avec seulement 6 points en période probatoire, deux infractions simultanées suffiront à perdre le permis.
Le piège temporel
Ces infractions multiples arriveront vraisemblablement par courrier groupé, laissant peu de temps pour organiser sa défense. Entre la réception du PV et l’expiration du délai de contestation (30 à 45 jours selon le mode d’envoi), l’automobiliste devra rapidement évaluer ses chances et, le cas échéant, solliciter un avocat.
Vos droits face aux radars intelligents
Le principe
Même automatisée, la verbalisation restera un acte de police judiciaire. L’administration devra donc être en mesure de prouver :
- la régularité du matériel (radar homologué) ;
- la réalité de l’infraction (image lisible et horodatée) ;
- la chaîne de confiance (agent identifiant et validant la photo).
Les leviers de contestation
| Argument | exemple concret |
|---|---|
| Vice de procédure | Démontrer qu’aucun décret d’homologation n’était publié à la date de l’infraction. |
| Erreur de détection | Objet confondu avec un téléphone ; ceinture masquée par un vêtement. |
| Absence de désignation certaine du conducteur | Photo prise de trois-quarts arrière, visage non identifiable. |
| Atteinte à la vie privée | Visage d’un enfant non masqué ; capture d’un passager sans lien avec l’infraction. |
Comment contester un PV radar IA ?
Le jour où ces radars seront homologués et opérationnels, la procédure de contestation sera identique à celle de tout avis de contravention radar. Voici la marche à suivre :
- Ne réglez pas immédiatement si vous envisagez une contestation.
- Choisissez votre mode de contestation (délai : 45 jours) :
- En ligne (recommandé) : sur le site de l’ANTAI (www.antai.gouv.fr) – section « Désigner ou contester ».
- Par courrier RAR : à l’Officier du ministère public (OMP) mentionné sur l’avis.
- Joignez les pièces obligatoires :
- avis de contravention original ;
- pièce d’identité ;
- certificat d’immatriculation ;
- consignation si demandée (sauf cas exemptés).
- Exposez clairement vos arguments (vice d’homologation, erreur matérielle, autre conducteur…).
- Sollicitez la relaxe ou la requalification.
En cas de rejet, déposez un recours devant le tribunal judiciaire (ex-tribunal de police) ; un avocat en droit routier maximisera vos chances, notamment pour plaider l’absence d’arrêté technique ou la non-conformité RGPD.
Les radars intelligents représenteront l’une des plus grandes évolutions du contrôle routier depuis l’apparition des radars automatiques en 2003. Ils devront améliorer la sécurité et réprimer des comportements réellement dangereux, mais leur déploiement — dont la date reste inconnue — soulèvera des questions inédites : fiabilité de l’IA, protection des données et respect des droits de la défense. Tant que le cadre réglementaire n’est pas totalement stabilisé, chaque conducteur conserve une marge de contestation réelle, et il est essentiel de s’y préparer dès maintenant.
Besoin d’aide ? Le cabinet Maître Antoine Minier, avocat en droit routier à Carpentras et Avignon, vérifie la régularité de votre PV et met en place la stratégie adaptée pour protéger votre permis.
F.A.Q. Radars intelligents
Non. Au 10 février 2026, aucun arrêté d’homologation n’a été publié au Journal officiel. Les radars collectent uniquement des clichés tests ; aucun PV n’est envoyé pour téléphone, ceinture ou distance de sécurité. En décembre 2025, la Sécurité routière a catégoriquement démenti tout déploiement, qualifiant ces annonces d’« archifaux ». La mention de ces fonctions a par ailleurs disparu du PLF 2026.
- Téléphone tenu en main,
- Non-port de la ceinture de sécurité,
- Non-respect des distances de sécurité.
Chacune est punie d’une amende forfaitaire de 135 € et d’un retrait de 3 points.
Oui. Si les trois infractions sont relevées en même temps.
Comme pour un radar classique : l’avis de contravention arrive par courrier (ou par courriel). Aucun contrôle sur le bord de la route.
Oui. Vous pouvez l’obtenir gratuitement sur le site de l’ANTAI ou par courrier en joignant une copie de l’avis de contravention. Elle peut servir à contester si le conducteur n’est pas clairement identifiable.
Le fabricant affirme ne pas recourir à la reconnaissance faciale et limiter l’image à l’habitacle. La CNIL étudie encore le dispositif ; la durée de conservation sera fixée dans l’arrêté d’homologation.
Le ministère vise environ 4 160 cabines opérationnelles sur les grands axes. L’emplacement des 4 000 cabines déjà en service qui seront mises à jour est disponible sur la carte interactive officielle.
En revanche, aucune liste officielle des radars qui recevront effectivement la mise à jour IA n’a été publiée.
La nouveauté confirmée pour 2026 concerne les radars urbains : un nouveau type de radar déployé par les communes, capable de contrôler simultanément la vitesse et le respect des feux rouges. Ces appareils ne concernent pas les fonctions IA de détection du téléphone, de la ceinture ou des distances de sécurité.

